Mémorial national des victimes de l’esclavage, Paris
Michel Desvigne paysagiste,
Philippe Prost, architecte / AAPP © adagp 2025
Légende : Un monument aux vivants

Mémorial national
des victimes
de l'esclavage
Mémorial national des victimes de l’esclavage, Paris
Michel Desvigne paysagiste,
Philippe Prost, architecte / AAPP © adagp 2025
Légende : Un lieu de recueillement au cœur du jardin
Des noms pour la mémoire

La grande nomination des anciens esclaves :
une mémoire fondatrice

Des êtres sans nom de famille

Étant considérés comme des biens, les esclaves n’avaient pas de nom de famille. Leur identité se limitait à un prénom, parfois accompagné d’un surnom.

Ainsi, pendant plus de deux siècles, les esclaves dans les colonies françaises furent exclus des registres d’état civil.

 

L’abolition de 1848 et la décision de nommer

Devenus citoyens à la suite de l’abolition de l’esclavage, par le décret du 27 avril 1848, il fut décidé de leur attribuer un nom de famille, conformément à la directive du 7 mai 1848 émise par François Arago, alors ministre de la Marine et des Colonies. Cette directive stipule : « Il sera indispensable de faire procéder par les officiers d’état civil à un enregistrement général de la population émancipée, en prenant pour point de départ les registres matricules actuellement existants, et en conférant des noms aux individus et aux familles, comme on l’a fait jusqu’à ce jour dans le système de l’affranchissement partiel, conformément à une ordonnance du 29 avril 1836. Cette opération devra avoir lieu dans les deux mois […] et, pour la faciliter, vous adjoindrez temporairement aux mairies les écrivains dont les officiers de l’état civil auraient besoin. » Dans la réalité, cette opération s’étendit sur plus de quinze ans.

Une opération de grande ampleur

Les nouveaux libres

Près de 230 000 personnes reçurent un nom de famille

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Guadeloupe
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Martinique
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Guyane
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La Réunion
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Saint-Martin

Plus de 90 % de ces noms furent attribués entre 1848 et 1859, par des officiers d’état civil qui pouvaient devoir nommer plus de cent personnes par jour.

Des noms inventés par l’administration

Plus de 90 % de ces noms furent attribués entre 1848 et 1859, par des officiers d’état civil qui pouvaient devoir nommer plus de cent personnes par jour.

Contrairement aux sociétés esclavagistes anglaises ou américaines, les noms attribués ne furent pas ceux des propriétaires ou de familles existantes dans la société coloniale. Les officiers d’état civil durent donc inventer des noms.

La majorité d’entre eux furent :

  • des dérivés de prénoms (parfois sous forme d’anagrammes),
  • des noms empruntés à l’Antiquité,
  • des références à la flore,
  • des toponymes (villes, territoires, etc.).

Dans un nombre significatif de cas, certains anciens esclaves conservèrent leurs noms d’origine africaine.

Cette grande opération de nomination, largement méconnue mais pourtant fondatrice pour la majorité des familles issues des sociétés françaises post-esclavagistes, fut consignée dans des registres communaux :

  • Guadeloupe : Registre des nouveaux libres
  • Martinique : Registre des individualités
  • La Réunion : Registre destiné à l’inscription des personnes non libres affranchies en vertu du décret du 27 avril 1848
  • Guyane : Registre des nouveaux libres
  • Saint-Martin : Registre servant d’état civil aux nouveaux affranchis

La constitution des listes pour le mémorial

Trente ans de mobilisation associative

Des dizaines de bénévoles des 4 associations mémorielles, Comité Marche du 23 mai 1998 (CM98), Association Martiniquaise de Recherche et d’Histoire des Familles (AMARHISFA), Association des professeurs d’histoire et de géographie de la Guyane et du collectif réunionnais des noms pour la mémoire saisirent durant près de 30 ans, les données contenues dans les registres de nomination. Ce travail de plusieurs centaines de milliers d’heures a permis d’établir la liste des noms et prénoms des nouveaux libres présentée dans ce document.

Celles-ci constitueront le cœur du Mémorial national des victimes de l’esclavage.